Refuser de parvenir et cesser de nuire, avec Corinne Morel Darleux

S’alléger pour mieux avancer, refuser de parvenir, instaurer la dignité du présent : un petit livre pour sentir dans ses voiles le vent de la liberté, et éviter le naufrage de notre société. Corinne Morel Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce.

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Une expression anglaise dit « Ne jugez pas un livre à son apparence extérieure » (Don’t judge a book by its cover), cela n’aura jamais eu autant de sens que pour ce petit livre au format poche, avec peu de pages, et une couverture très sobre (une esquisse de bateau noir, sur fond blanc). Difficile de s’imaginer lorsque l’on tourne la première page de ce livre la profondeur de ce qui nous attend…

Ce livre nous invite avec philosophie à faire un pas de côté, et prendre le large vers un ailleurs plein de poésie, partir vers l’horizon et la liberté, en s’affranchissant des conventions et des normes sociales.

Tout d’abord modifier nos modes de vie, apprendre à vivre avec moins, inventer une nouvelle frugalité, afin de s’alléger pour mieux avancer.

Les analogies avec le monde de la navigation qu’utilise Corinne Morel Darleux dans son livre, avec notamment de nombreuses références au navigateur français Bernard Moitessier, m’ont rappelé une nouvelle que j’ai lu quand j’étais étudiante : La nef des fous de Theodore Kaczynski. Dans ce récit le capitaine du bateau est devenu fou et a pris la direction du Grand Nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses. Les passagers commencent à se disputer et à s’opposer sur les différentes revendications sociales des uns et des autres sur le bateau : les conditions de travail des matelots, la place des femmes, des revendications matérielles (davantage de couvertures car il fait de plus en plus froid), la cause animale… Et plutôt que de s’unir et de forcer le capitaine à changer de cap, ils se disputent entre eux et finalement le bateau percute un iceberg et (attention, spoiler !) tout le monde meurt. Ce texte et sa métaphore de la société courant à sa perte, fait partie des textes qui ont fondé mon engagement militant. 

Corinne Morel Darleux nous invite ensuite à poser l’Intention, réfléchir au sens que l’on veut donner à sa vie, refuser de « parvenir », c’est-à-dire se plier à des conventions sociales imposées, dans un monde qui fait l’apologie de l’ambition et des possessions matérielles. Donner un cap à sa vie, faire ce qui nous plait vraiment, nous battre pour des causes qui nous semblent justes… Il existe mille manières, petites et grandes, de reprendre un tant soit peu la main, de se faire du bien et d’ajouter un peu de joie à ce monde, ce que Françoise Héritier appelait : le sel de la vie.

Et enfin, cesser de nuire, à la fois dans le domaine de l’écologie, mais aussi par un positionnement politique clair sur le capitalisme, le libre-échange, la mondialisation et la finance. « Prendre sa part » dans les différents combats à mener, relier entre eux les îlots de résistance, travailler à la convergence des luttes.

Lutter contre la tentation du repli sur soi, du repos, car c’est trop tôt, on n’a pas le droit de flancher. « Il faut encore faire société, apprendre, lutter et accompagner ». Il est essentiel de poursuivre les mobilisations visant à amortir au mieux les dégâts de l’ère productiviste : relocaliser alimentation et activité, mieux répartir les richesses, réapprendre les savoirs manuels et retrouver de l’autonomie…

Une belle définition de ce que nous essayons de faire avec la communauté du plan B, non ?

Corinne Morel Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, éditions Libertalia, 2019.

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