Manifestants marche climat Nancy
Crédit Photo : Anh Aïa LE @banzek_pics

Une marche non-violente pour attirer les regards sur l’urgence climatique

Une marche conviviale et festive, au mot d’ordre « non-violence », s’est déroulée ce samedi 12 mars. Cette marche fait suite à l’appel de 15 organisations locales : Alternatiba Nancy, Les Amis de la Terre Meurthe-et-Moselle, ANV-COP21 Nancy, ATTAC 54, Le Bloc Lorrain, La CGT, EDEN, Extinction Rebellion Nancy, FSU, Greenpeace Nancy, Le Mouvement pour une Alternative, Non-violente Nancy, OXFAM Nancy, Résistance à l’Agression Publicitaire Nancy, Sciences Po Environnement Nancy, Solidaires.

Après une minute de silence, en solidarité avec le peuple ukrainien et toutes les victimes des guerres et conflits armés dans le monde, Virginie, militante ANV-COP 21, a pris la parole :

« Certains sont tentés de penser que c’est stupide de manifester pour le climat aujourd’hui alors qu’une guerre se déroule tout près d’ici. Nous ne le pensons pas. Au contraire, la situation que nous vivons aujourd’hui préfigure ce qu’il va se passer demain à cause du dérèglement climatique. Nos économies sont basées sur les énergies fossiles dont les Etats dépendent. Par ce fait, nous finançons la guerre. »

En effet, le dernier rapport du GIEC, c’est-à-dire le consensus scientifique, pose un constat implacable. Depuis 2008, ce sont 20 millions de personnes qui sont obligées de se déplacer chaque année car elles ne peuvent plus vivre sur leurs terres devenues hostiles.

Même si nous réussissons à contenir le dérèglement climatique, ce qui n’est clairement pas gagné, les conséquences resteront dramatiques. D’ici 2050, plus d’un milliard de personnes habitant les zones côtières seront exposées aux dangers de l’élévation du niveau de l’eau. Une personne sur dix sur la planète sera donc directement impactée.
D’ici à 2100, certains États côtiers de faible altitude seront submergés. Les risques côtiers liés à l’élévation du niveau de la mer s’accélèreront après 2050 et continueront de s’intensifier après 2100. Cela arrivera même si le réchauffement devait s’arrêter.
En outre, 3,3 milliards de personnes vivent dans des pays hautement vulnérables au climat. Cela représente plus de 40% des habitantes et des habitants de la planète.

Dans quelle situation serons-nous quand des milliards de personnes devront quitter leur maison ? Quelle réponse sera apportée ? La guerre ?
« Si nous sommes mobilisés, c’est parce que nous sommes porteurs d’espoir. Alors qu’on voit une montée des questions identitaires, de la haine de l’autre, de la tentation du repli sur soi, notre réponse est dans le collectif, dans la joie du faire ensemble ! Notre réponse est dans la solidarité, le partage et l’entraide ! »

Le 2ème volet du dernier rapport du GIEC vient de paraître. Non seulement l’urgence climatique est indéniable, elle dépasse largement les prévisions. Pourtant, plutôt que de regarder la vérité en face et de prendre leurs responsabilités, les dirigeants politiques et les multinationales détournent délibérément le regard, voire sabotent tout espoir d’un avenir juste et soutenable.

La France a ainsi été jugée coupable par le Conseil d’État pour son inaction en matière de climat. Malgré cela, elle continue de tenter de se faire passer pour une championne du climat, affirmant que jamais personne n’en a jamais fait autant.
De même, la question climatique devrait être au centre des débats pour la présidentielle et les législatives. Or, il n’en est rien. Le dérèglement climatique, au coeur de cette marche, est un enjeu capital pour 94% des Français. Pourtant, il ne représente que 2,7% des échanges dans les médias.

Malheureusement, et comme Virginie nous le rappelle au micro, devant la métropole du Grand Nancy, « localement, nous prenons le même chemin. »

Des regards qui se lèvent vers la métropole du Grand Nancy

En effet, la métropole du Grand Nancy vient de lancer ce week-end une double démarche. D’un côté, elle initie une COP territoriale censée mobiliser le plus grand nombre pour la transition écologique de notre territoire et de l’autre, elle s’engage dans une démarche réglementaire de Plan Climat.

« Le constat est implacable, la méthode et les moyens n’y sont pas. Ils nous demandent de nous mobiliser et de communiquer, nous répondons donc à cet appel et le faisons toutes et tous ensemble aujourd’hui dans la rue. […] Il n’est pas trop tard pour agir. Il n’est pas trop tard pour comprendre que ce n’est pas de la communication dont notre territoire a besoin, mais de mesures concrètes et à la hauteur des enjeux. »

Nous n’avons plus le temps d’attendre. Nous devons réduire de 65% nos émissions de gaz à effets de serre d’ici 2030 si nous voulons remplir le défi climatique.
Il y a bientôt un an, 10 de nos organisations lançaient un appel sur cet objectif de 65% – et à minima de 55%.
Cela correspond aux seuils posés par la science afin de rester sous la barre des 1.5°C, et surtout ne pas dépasser la barre des 2°C. Un an plus tard, Mathieu Klein, président de la métropole, annonçait enfin qu’il était prêt à se fixer l’objectif de 55% . Il voulait même aller plus loin et plus vite. Encore une parole en l’air ? Pour l’instant, tout porte à le croire.

Selon les organisateur·rices, ce n’est pas en adoptant simplement et mot pour mot leurs demandes que cela en permettra la réalisation.
Les 15 organisations signataires de l’appel de la marche souhaitent qu’une véritable démarche de co-construction soit engagée avec la Métropole. Une véritable co-construction implique de mettre l’ensemble des acteurs autour de la table pour décider des mesures à prendre et pas de demander aux acteurs de participer à des évènements.

« Nous n’acceptons plus l’affichage d’une co-construction qui se résume à « consulter » les un.e.s et les autres avec des responsables politiques qui décident de tout. Cette vision de l’ancien monde doit être révolue ! »

Les 650 personnes mobilisées dans cette marche montrent leur détermination à mettre ce sujet au coeur des débats. Elles demandent de véritables actions, loin des fausses solutions comme le nucléaire, les mécanismes de compensation, ou encore les soi-disant solutions technologiques dont on sait qu’elles nous envoient droit dans le mur !

« Les solutions, on les connaît, elles sont simples, sans risque, se mettent en place à l’échelle des territoires et commencent par la sobriété.
Par contre, l’inaction climatique est le terreau fertile des futures guerres et notre vision est celle d’un monde en paix, juste et soutenable pour toutes et tous ! »

Le dérèglement climatique impacte déjà les plus faibles, les plus précaires, au nord comme au sud.

Aujourd’hui, nous voyons un aperçu de ce qui sera le quotidien de demain si on continue de ne rien faire !
Ce ne sont ni les plus riches, ni les politiciens, qui souffrent de l’augmentation du prix du gaz, de l’essence et des matières premières. Ce sont les travailleuses et les travailleurs ! Ce sont les plus faibles et les plus précaires, et en particulier les femmes !
Ce sont pour celles et ceux qui souffrent déjà et pour qu’on puisse toutes et tous avoir un avenir que nous sommes ici !

Le GIEC conclut qu’il existe des solutions réalistes. Celles-ci doivent être équitables et fondées sur les principes de la justice climatique.
Ces conclusions doivent être un levier pour notre mouvement. Elles doivent nous engager à agir, à nous mobiliser et à engager une mobilisation de masse.

« Nous sommes porteurs d’une vision pour un avenir plus sûr, plus juste et plus durable ! Cette vision est encore à notre portée ! Ne baissons pas les bras ! Regardons la vérité en face ! et montrons à ceux qui nous dirigent que nous ne voulons pas de leur monde et de leurs mensonges ! Obligeons-les à regarder cette vérité ! »

Le plan des mobilités de la métropole : pas à la hauteur?

Plusieurs organisations présentes lors de la marche se sont mobilisées dans le plan des mobilités de la métropole (P2M). Elles y ont consacré beaucoup de temps, participant à des réunions, des écrits, des interventions.
Le résultat de ce P2M n’est pas brillant, et n’est clairement pas à la hauteur des enjeux.

« Tout au long de ces mois de travail a été réclamé un chiffrage des mesures envisagées. Combien d’émissions de gaz à effet de serre permettent-elles d’économiser ? Nous ne le savons toujours pas. Nous n’avons jamais eu de réponse ! »

Voici l’analyse détaillée d’EDEN dans leur article qui fait suite au vote du P2M en novembre dernier.

Un manque d’ambition concernant le RLPi, le Réglement Local de Publicités intercommunale

La Métropole travaille aussi à l’actualisation d’un document qui réglemente l’ensemble des publicités extérieures de la Métropole. Ce RLPi a le pouvoir de réduire durablement la place de la publicité sur la Métropole.

Cela serait cohérent avec les enjeux actuels. « En effet, la publicité, telle qu’elle existe aujourd’hui, est le bras armé de la surconsommation. Elle diffuse des valeurs individualistes et climaticides. Sans compter les déchets et la consommation d’énergie qu’elle engendre… »

Là encore, la Métropole n’est pas à la hauteur. La co-construction avec les associations est inexistante et les grandes lignes que la métropole a présentées manquent d’ambition. On y regrette en effet le manque d’interdiction totale des écrans vidéos. En outre, les quelques efforts ne sont centralisés que sur les secteurs de centre-ville et les secteurs patrimoniaux. Encore une fois, selon les organisateurs, on se concentre sur ceux qui ont le plus de moyens, on veut continuer à pouvoir faire de belles photos. Pour les autres, ce sera toujours le matraquage.

L’association Résistance à l’Agression Publicitaire, co-signatrice de l’appel à la marche, milite depuis plusieurs années sur ce sujet. Vous pouvez consulter l’article sur leurs actions et leurs motivations dans le cadre du « jour de la nuit » contre la publicité au niveau local.

La COP territoriale, un logo sur une façade

Les organisateurs de la marche pour le climat dénoncent la COP Territoriale. Selon eux, la COP bénéficie d’une campagne de communication mais ne bénéficie de quasiment aucun moyen.

La Métropole initie en effet cette COP territoriale censée mobiliser le plus grand nombre pour une transition écologique de notre territoire. En parallèle, elle s’engage dans une démarche réglementaire de Plan Climat.

« Le constat est implacable, la méthode et les moyens n’y sont pas. Ils nous demandent de nous mobiliser, eh bien aujourd’hui, nous nous sommes mobilisés. On nous demande de communiquer, eh bien nous allons communiquer. Nous ne sommes pas des réactionnaires, nous avons tenté tout ce que nous pouvions pour y contribuer. Nous avons sans relâche fait des propositions et nous continuerons à le faire. Nous sommes prêts à nous investir dans une démarche sincère, mais, de leur côté, ils vont devoir revoir la copie ! Il n’est pas trop tard pour agir. Il n’est pas trop tard pour comprendre que ce n’est pas de la communication dont notre territoire a besoin, mais de mesures concrètes et à la hauteur des enjeux. Nous demandons qu’une véritable démarche de co-construction soit engagée. »

Enfin, les manifestants nous rappellent que le dérèglement climatique commence ici, sur notre territoire, pas à l’autre bout du monde !

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