Entretien avec Hervé Le Treut

Hervé Le Treut est spécialiste de la simulation numérique du climat, membre de l’Académie des Sciences et ancien membre du GIEC.

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Agir localement pour le climat : une nécessité ?

Je pense que l’action locale, c’est une action qui a d’abord l’avantage d’être une action qui est confrontée de manière très directe aux problèmes. Il y a des arbitrages qu’on doit faire au niveau local, aujourd’hui, tout n’est plus possible. Donc ces arbitrages, il faut les étayer en termes de décisions.

On ne peut pas, sur le même territoire faire des choses qui sont contradictoires. On a passé aujourd’hui un seuil qui fait que tout n’est plus possible.

Les territoires sont un lieu d’expérimentation unique à ce niveau-là, je pense que c’est une première chose. L’autre chose c’est qu’on a certainement aussi les espaces pour faire mieux l’atténuation.

Quand on essaye de faire l’adaptation sur les territoires, parce qu’on est plus en phase avec ce que permettent ces territoires. Il y a des formes d’énergies qui sont spécifiques à certains territoires, la géothermie dans certains cas, ce n’est pas quelque chose qui est distribué de manière égale sur le territoire national.

Donc il y a beaucoup de choses qui peuvent se faire plus facilement au niveau territorial.

Et puis finalement je crois que c’est aussi, et peut être surtout, un lieu de prise de conscience.

Je crois que les territoires peuvent être un lieu plus facilement que dans les cadres moins solidaires et moins organisés, un lieu où les gens prennent conscience les uns par rapport aux autres, qu’il y a des choses qu’on peut faire et lesquelles. Donc je crois qu’il y a une notion un peu pédagogique ou d’entrainement qui peut se faire au niveau des territoires.

Que pensez-vous de la récente révision à la baisse des objectifs à court terme de lutte contre le dérèglement climatique en France ?

Le problème actuel je pense, c’est effectivement de savoir comment on tient ces objectifs.

Je pense qu’il y a des débats sur les objectifs eux-mêmes, sur ce qu’ils représentent. Je crois qu’on doit effectivement avoir aussi un débat, un plan clair sur comment on va tenir ces objectifs, dans quel cadre, avec quelle méthode. Ils sont très différents les uns des autres. Il y en a qui font appel à du nucléaire, il y en a qui font appel à la captation du CO2 de manière plus ou moins importante ou avec des méthodes un peu différentes, qui peuvent être agricoles, qui peuvent être autres.

Donc je crois qu’on a besoin aussi d’un débat qui ne soit pas seulement un débat sur le chiffre final. On a besoin de ce débat là aussi, mais on a besoin surtout d’un débat sur les méthodes. Ce qu’on veut faire, comment on veut le faire et jusqu’où on va pousser ces méthodes-là. Pour moi ça devient quelque chose d’important parce qu’il y a finalement une sorte de désaccord rampant entre les gens sur ce qu’ils voudraient faire.

Si c’était juste un désaccord qui était réglé ensuite par une discussion, ça irait. Mais si c’est quelque chose qui finalement au bout du compte interdit d’avancer, parce que quand on est en désaccord on n’avance pas.

Donc moi je pense que c’est les débats aujourd’hui sur ce que l’on doit faire sont des débats que l’on n’a pas assez en profondeur et c’est pour moi le plus ennuyeux à ce stade.

Quels leviers actionner pour permettre une prise de conscience large ?

Ce qui nous handicape le plus aujourd’hui, c’est l’absence d’une éducation à ces problèmes-là.

On aura énormément de mal à amener, une société qui ne comprend pas les enjeux vers des solutions qui sont toujours des solutions qui prennent un peu les gens à rebours de ce qu’ils pensent donc le problème de l’éducation est un problème fondamental.

Alors j’entends souvent dire, c’est un problème qui est un problème de long terme.

Alors que si on l’avait fait il y a 20 ans, ça ne serait pas un problème de long terme, donc je crois qu’il faut commencer ça aujourd’hui de manière forte.

Parce que je crois que rien ne sera possible avec une population qui est mal éduquée face à ces problèmes-là.

Et bien éduqué ça ne veut pas dire seulement faire des gestes ou d’avoir les bons comportements, c’est être aussi éventuellement capable d’avoir des idées nouvelles, d’être rebelle, de contester des choses.

Cette éducation qui est une éducation citoyenne me paraît absolument indispensable aujourd’hui si on veut avancer.

Hervé Le Treut
Hervé Le Treut, le 25 janvier 2020 au centre culturel André Maraux à Vandoeuvre-les-Nancy

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