Les fauchages d’OGM : entretien avec Patrice Massenet

Patrice Massenet fut convoqué, le lundi 6 juillet à 9 h devant le commissariat de police de Nancy pour un fauchage de tournesols OGM il y a 1 an dans la Drôme. C'est confiant et soutenu par d'autres militant.e.s présent.e.s sur place qu'il a répondu à nos questions.

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Patrice Massenet au commissariat
Patrice Massenet au commissariat

Qui est tu ?

Je m’appelle Patrice Massenet, j’habite à Nancy et je suis militant ou au moins bénévole dans quelques associations et principalement celles qui défendent l’environnement.

Pourquoi es-tu ici aujourd’hui ?

J’ai reçu une convocation du commissariat de police pour me présenter ce matin 6 juillet 2020 au commissariat de police de saint Léon à Nancy. Au départ, il n’y avait pas de motif sur la convocation mais d’après mes informations j’étais convoqué pour avoir participé à une opération de fauchage de culture OGM, il y a un an, dans la Drôme.

Des cultures d’OGM ?

Il s’agissait de culture dissimulée d’OGM dans d’autres cultures, les semenciers ont mis au point un nouveau type de manipulation de gène dans les OGM. Jusqu’à maintenant, les semences étaient des semences OGM transgéniques. Pour contourner les réglementations, puisqu’en France, la culture d’OGM en plein champ est interdite, ils ont mis au point un nouveau type de culture en prétendant que cette culture ne fait pas partie des OGM parce que le type de manipulation était de la mutagenèse par opposition à la transgenèse. C’est un autre type de manipulation. La transgenèse consiste à prendre des gènes d’un type de culture et on va l’intégrer dans un autre type alors que la mutagenèse c’est une manipulation à l’intérieur de la même séquence d’ADN.
Le temps que les pouvoirs publics et les associations se mobilisent disons il y avait une période de flou qui a trouvé son terme quand la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a condamné la France le 25 juillet 2018. Elle a surtout annoncée que ces nouveaux OGM étaient vraiment des OGM et devaient respecter la même réglementation que les OGM transgéniques. Autrement dit, les pseudos-OGM sont de vrais OGM, donc les semenciers ne peuvent plus utiliser cet argument-là. Ces cultures sont bel et bien illégales. Et lors du fauchage qui a eu lieu l’année dernière, au mois de juillet 2019 postérieur à juillet 2018, cette culture était vraiment illégale. Donc on est intervenu, pas en toute légalité puisque la destruction est illégale mais la culture était illégale elle aussi. Et surtout cette culture est en plein champ, c’est complètement différent d’une culture qui se fait en milieu confiné ou il n’y a quasiment pas de risques, si toutes les mesures sont respectées, de dissémination tandis que là on est en plein champ.
Pour être discret, les semenciers louent des parcelles à des agriculteurs. Généralement, les parcelles d’essai sont dissimulées dans des cultures normales de façon à être discret. Étant donné que c’est en milieu ouvert, le risque de dissémination est plus important. Les OGM sont cultivés à l’intérieur de cultures non OGM. Généralement il y a plusieurs parcelles avec des semences OGM différentes qui font l’objet de test en plein champ.

Pourquoi faucher les cultures ?

Il s’agit d’une tribune. Les faucheurs sont des lanceurs d’alertes et le but c’est d’obtenir des condamnations, pour avoir une tribune permettant de s’exprimer. C’est la raison pour laquelle ces actions se font en toute transparence. Les faucheurs agissent à visage découvert même s’ils portent de temps en temps un masque. Le masque n’est pas utilisé pour se protéger du covid mais du pollen.
Le fauchage n’est jamais réalisé avec une faux mais à la main. On casse la tête des cultures. A partir du moment où vous avez cassé la tête la croissance est interrompue. En général nos actions ce font de manière partiel sur une culture. Ce sont des petites parties des cultures et nos actions se concentrent sur une partie de la surface. Le but étant de pouvoir s’exprimer et de diffuser l’information au public. Les procès servent à ça.
Quand les faucheurs sont interrogés par la police, ils ne disent rien, ils se contentent de dire à la police « Je n’ai rien à déclarer ». Mais au tribunal ils s’expriment sur le fond et pas sur la forme. Sur la forme, tout est transparent. Les organisations donnent même la liste des participants et la gendarmerie n’a plus qu’à faire le pointage des présents.

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