Bien d’autres mondes sont possibles

Face aux défis écologiques, nous devons “penser local” et faire apparaître, peu à peu le puzzle des solutions pour un avenir désirable.

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J’ai passé beaucoup de temps à parler de transition écologique et sociale avec les gens ces dernières années. Et une question revient souvent : une transition, d’accord, mais vers quoi ? 

Décolonisons l’imaginaire 

Au début de ce siècle, apparaissait un slogan qui allait devenir très populaire parmi les milieux altermondialiste : « Un autre Monde est possible ». Ce dernier venait en réponse au « There is no alternative » de Margaret Thatcher, qui  imposait à travers cette phrase une vision unique de notre monde: il n’y a pas d’autre option qu’un capitalisme de marché débridé.

Vingt ans après, les dégâts sur l’environnement sont tels que l’on peut affirmer qu’un autre monde est non seulement possible, mais aussi inéluctable. Nous subirons ce dernier si l’on ne se mobilise pas massivement pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, mais il est encore temps de « limiter la casse » en repensant radicalement nos modèles de société pour les rendre plus respectueux du vivant : c’est la voie de la transition écologique et sociale.

Reste toutefois à inventer cet autre monde. Et, en matière de créativité, nos esprits semblent désespérément colonisés par le mantra de Margaret Thatcher. De sorte que nos imaginaires de « futurs possibles » se trouvent coincés entre deux impasses:

  • D’un côté le fantasme « business as usual », dans lequel le passage à un capitalisme vert réglerait tous nos problèmes : on remplace nos moteurs thermiques par des véhicules électriques, on chauffe les terrasses avec du bois plutôt que du gaz… Et, comme par miracle, notre société continue comme auparavant, peu importe les nombreuses données qui démontrent que cette vision n’est pas scientifiquement tenable. 
  • De l’autre une vision apocalyptique d’une humanité réduite à néant par notre incapacité collective à agir à la hauteur des enjeux qui nous attendent.

Tout le défi est donc de dessiner une troisième voie, qui soit à la fois scientifiquement crédible et socialement désirable. 

Connaitre ses producteurs, c’est aussi retrouver du sens

Agir global, Penser local 

Pour répondre à cette ambition, je suggère d’inverser un peu nos habitudes et d’essayer, pour une fois, d’agir global et de penser local. 

Nous savons depuis longtemps qu’en matière d’environnement « l’action globale » est limitée. Après tout, cela fait bientôt trente ans que nos dirigeants se retrouvent de sommets internationaux en sommets internationaux pour crier haut et fort l’urgence d’agir et, dans le même temps, les émissions de gaz à effet de serre de l’humanité n’ont fait qu’augmenter. 

Mais une autre forme de mobilisation globale existe. Une mobilisation à géométrie variable, imparfaite, peu coordonnée, mais une mobilisation quand même ! Il s’agit de tous ces gens, ces collectifs, collectivités… qui, un peu partout à travers le monde, agissent concrètement, à leur échelle, pour changer les choses. Il s’agit des zones à défendre, des alternatives concrètes, des assemblées citoyennes, des collectifs de quartier…. bref, il s’agit de se rappeler que nous ne sommes pas seul.e.s à agir dans notre coin, et que tôt ou tard, quand la base change, le sommet suit.

Ce point est important car il conditionne le suivant :  si l’on a conscience qu’un peu partout des gens, se mobilisent, alors on peut se permettre de penser le changement localement, en partant du principe que les multiples transformations locales induiront une évolution globale. 

L’idée n’est pas ici de plaider pour une logique de repli sur soi, et encore moins de faire l’apologie de l’engagement individuel au détriment de changements collectifs. Mais simplement de rappeler que, si l’est délicat d’imaginer à quoi pourrait ressembler le monde après une transition écologique, sociale (et par endroits, démocratique) réussie, nous sommes bien plus capables, à Nancy comme à Johannesbourg ou ailleurs, d’imaginer un avenir soutenable pour notre territoire.

Car, après tout, si je demande aujourd’hui à quelqu’un de me décrire le monde tel qu’il est actuellement, en sera-t-il vraiment capable ? Probablement pas. Mais si nous zoomons à l’échelle d’un bassin de vie, l’exercice, quoique toujours difficile, devient possible.  Bref : quand on se met à « penser local » , on se rend vite compte que bien d’autres mondes sont possibles !

Construisons le puzzle du Nancy de Demain !

D’un seul coup, le défi semble plus accessible. Il n’est plus question de décrire le monde de demain, mais juste l’avenir de mon territoire. Mais force est de constater que l’exercice reste délicat. 

En effet, par quoi commencer ? Le logement ? La mobilité ? L’emploi ? L’alimentation ? Tous ces sujets, et bien d’autres, ont leur importance. Sans compter ceux qui dépendent d’autres échelles de gouvernance, comme la production d’énergie ou la sécurité des personnes. Et si je fais le choix d’un inventaire à la Prévert, dans lequel je traite chaque thématique séparément, je suis vite rattrapé par leur interconnexion permanente. Comment, par exemple, traiter l’autonomie alimentaire de mon territoire sans repenser la répartition des espaces entre les différents usages et les flux logistiques ? Au final, quel que soit le bout de ficelle par lequel on attaque la pelote, la dérouler apporte autant de nouvelles questions que de réponses.

Une réponse simple existe pourtant : il suffit de commencer ! En s’engageant sur ce qui nous paraît prioritaire, nous révolte le plus, ou tout simplement nous intéresse. Et là aussi, de se rappeler que d’autres agissent  localement sur les autres sujets, et qu’il est nécessaire qu’on s’interconnecte aussi bien que possible. Cette interconnection peut être favorisée par de multiples initiatives : le Florain, Monnaie Locale du Sud Meurthe-et-Moselle, le Plan B Nancy qui travaille à la coopération permanente entre ses associations membres, ou encore Kèpos, coopérative de TPE locales engagées dans la transition écologique en sont quelques exemples.

Petit à petit un puzzle de solutions se dessine. L’image finale est extrêmement floue. Mais à chaque nouvelle pièce que l’on créé, à chaque nouvelle connection entre deux pièces ou plus, cette image se précise. Et plus les initiatives se multiplient et se mettent en réseau, plus la netteté augmente, comme on peut le constater sur des territoires qui sont en avance sur nous, du pays Basque Nord et leur projet de territoire «Burujabe » jusqu’au village en transition d’Ungersheim, en passant par le formidable lieu d’expérimentation qu’est devenu Notre-Dame-des-Landes…

….Et s’ils le font chez-eux, il ne tient qu’à nous de le faire sur Nancy et ses environs !

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Samuel COLIN
Samuel COLIN s'implique dans des projets associatifs depuis la fin de ses études... mais a basculé dans une mobilisation plus intense en 2015, à l'occasion de l'organisation d'Alternatiba Nancy, puis d'actions autour de la COP 21. Au point de faire le choix de mettre en suspend sa carrière de fonctionnaire pour se consacrer "à temps plein" à la transition écologique, en se mobilisant dans le Florain, le Plan B, une CIGALES... et bien d'autres mouvements consacrés à changer le système plutôt que le climat!

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